Le jatropha comestible, une culture multiusages

Jatropha curcas (Gwo Medsyen en créole) est bien connu en Haïti, où on le retrouve souvent dans les clôtures vives. Le Chibas, organisation vouée à la recherche agronomique et partenaire du projet AKOSAA, a importé du Mexique des variétés comestibles de jatropha, dont les graines fournissent une huile utilisable comme biocombustible dans les réchauds, et un tourteau riche en protéines qui peut remplacer le soya dans l'alimentation avicole.

Les recherches du Chibas se concentrent sur l'amélioration variétale du jatropha comestible et la mise au point de moulées sécuritaires à base de jatropha pour l'alimentation des poulets de chair et des poules pondeuses. On a ainsi démontré que le jatropha pouvait remplacer le soya dans l'alimentation des poulets de chair, avec une croissance presque équivalente des poulets et sans que ceux-ici ne montrent de signes d'intoxication.

Amélioration variétale du sorgho

En termes de surface cultivée, le sorgho est la troisième culture en importance en Haïti et il  représente 8% de la surface agricole utilisée (SAU), avec 120 000 hectares cultivés sur l’ensemble des saisons. Le sorgho est cultivé par 32,5% des agriculteurs et agricultrices en Haïti, soit par environ 316 000 personnes.

Le sorgho est une céréale de soudure, c’est-à-dire qu’il est la seule céréale consommée par les ménages pauvres pendant la saison sèche, soit de janvier à avril. À ce moment, la famille a consommé tout le maïs qu’elle avait produit et le sorgho, qui est récolté en novembre et en décembre, lui permet de continuer à s’alimenter en attendant la récolte de printemps.

Avec l'appui du projet AKOSAA, le Chibas met en œuvre un programme d'amélioration variétale du sorgho, visant à développer des variétés multiusages, capables de fournir du grain pour l'alimentation humaine, un jus sucré pour la préparation de sirop et de confiseries, et un fourrage pour l'alimentation bovine. Le projet AKOSAA et son partenaire Chibas s'intéressent également à la mise au point de lignées de sorgho tolérantes au puceron jaune de la canne à sucre, Melanaphis sacchari, dont une forme variante dénommée «pichon jaune» dévaste les plantations de sorgho partout en Haïti.

Créées par le Chibas avec l'appui du projet AKOSAA, les variétés de sorgho tolérantes au pichon jaune, appelées «pitimi papèpichon», sont présentement multipliées et distribuées à l'ensemble des producteurs et des productrices de sorgho.

 

Recherches sur les inoculants microbiens

Certains microorganismes du sol colonisent les racines des plantes, établissant ainsi une symbiose mutualiste, c'est-à-dire une interaction bénéfique pour les deux partenaires. Ces microorganismes stimulent la croissance végétale de diverses façons. Des bactéries appelées rhizobiums sont hébergées dans des excroissances, ou nodules, formées par les racines des légumineuses. Elles y fixent l'azote de l'air et favorisent ainsi la nutrition azotée de leur hôte végétal. Pour leur part, les champignons mycorhiziens arbusculaires colonisent les racines d'un grand nombre de plantes, y compris de la plupart des plantes cultivées, pour faciliter l'absorption du phosphore et de divers autres éléments du sol.

En partenariat avec le laboratoire de biotechnologie de la FAMV, le projet AKOSAA réalise des recherches sur l'évaluation du potentiel des symbioses végétales dans l'agro-écosystème haïtien. Des essais d'inoculation de divers types de cultures avec des champignons mycorhiziens ou avec des rhizobiums sont réalisés. Le potentiel symbiotique des champignons mycorhiziens indigènes à Haïti est comparé à celui d'inoculants commerciaux produits au Canada.

 

Agroforesterie

Les pratiques agroforestières favorisent la conservation des sols et accroissent la résilience des systèmes de production aux changements climatiques, tout en permettant aux agriculteurs et aux agricultrices de diversifier leurs sources de revenu. Une étudiante de la FAMV a réalisé un recensement des pratiques agroforestières auxquelles ont présentement recours les producteurs/trices de la quatrième section communale de Saint-Marc. Les pratiques suivantes sont utilisées à des degrés variables:

  • Le jardin de case ou jaden lakou;
  • Les arbres dispersés de façon irrégulière entre les cultures;
  • Les clôtures vives;
  • L’igname associé aux arbres de support ou tuteurs;
  • Les cultures pérennes associées aux arbres d’ombrage.

Le projet AKOSAA évalue le potentiel d'un système agroforestier associant le pois congo (Cajanus cajan) pérenne et l'arachide, comme système antiérosif en zone de pente. Les variétés pérennes de pois congo utilisées dans cet essai ont été obtenues du centre de recherche ICRISAT, situé en Inde. Ces arbres retiennent le sol avec leurs puissantes racines, en plus de contribuer à l'enrichir en y déposant une abondante litière. Dans notre essai, des bacs de sédimentation et des pointes d'érosion permettent de mesurer l'effet du pois congo sur la rétention du sol.